L'ÉDITO N°
6
L'édito de Claire, princesse dans l'âme,
journaliste incorrigiblement tam tam
Les mécaniciennes
À l'atelier, elles ne lâchent rien !
Les hommes peuvent bien rouler des mécaniques. Certaines femmes, elles, s’en servent pour agencer les sous-vêtements les plus délicats qu’il soit. La mécanique elles connaissent, merci. Quant à moi je n’y connaissais rien, ni à la mécanique ni à la façon dont on fabrique un soutien-gorge. Je suis donc allée parler avec les mécaniciennes de l’atelier Princesse tam tam, moi qui ne sais même pas recoudre un bouton.
1/ Le puzzle
« Un soutien-gorge », m’a glissée une de ces artisanes aux doigts de fée, « c’est comme un puzzle. On a quatre, cinq ou dix pièces à assembler, à l’aide de cinq à six machines différentes ». La conclusion, vous l’avez : il est mille fois plus ardu de fabriquer un soutien-gorge que de l’agrafer ou de le dégrafer, n’en déplaise à certain.e.s.

Les mécaniciennes et mécaniciens en confection maîtrisent un savoir-faire indispensable dans le monde de la mode. Celui de monter, pour de vrai, le prototype de la future pièce de lingerie ou de prêt à porter. Celle qui sera ensuite répliquée en série. Je rembobine le fil pour que vous ne le perdiez pas.
2/ Le relais 4 x 100 m (de tissu)
D’abord, il y a la ou le styliste qui imagine et dessine la future pièce de lingerie ou de bain. Comme l’atelier Princesse tam tam est plutôt animé par des femmes, je me permets de passer pour ce qui suit au féminin. Ensuite la modéliste fabrique le patron (une sorte de schéma très découpé) de la pièce en question.

Puis - la voilà ! - la mécanicienne se saisit avec détermination de ce patron et s’attèle à la tâche. Couper, coudre, assembler, élastiquer, armaturer (de moins en moins, certes) pour que le soutien-gorge apparaisse pour de vrai sous nos yeux ébahis. Le fameux prototype.

Dans l’atelier Princesse tam tam, trois mécaniciennes et une coupeuse (de tissu) s’affairent, sous la supervision de leur responsable d’atelier, elle-même une mécanicienne plus qu’expérimentée. Elles virevoltent autour d’impressionnants stocks de tissus et de nombreuses machines à coudre, élastiqueuses et autres bijoux de mécanique dont je suis sagement restée à distance.

Une fois le prototype mis au point, au millimètre près et dans chaque taille, il est envoyé à l’usine pour être produit en petite quantité. C’est ce qu’on appelle la tête de série. Ces modèles sont ensuite testés IRL sous toutes les coutures : portés, lavés, repassés, dégrafés, ragrafés, enfilés, je vous laisse imaginer la multitude de possibilités.

Si le test est concluant, le nouveau modèle reçoit l’autorisation de repartir à l’usine pour être produit en série et atterrir quelques semaines plus tard dans vos tiroirs ou sur vos étagères. Statistiquement, c’est en tout cas comme ça que la plupart des femmes rangent leurs sous-vêtements.
3/ La beauté du métier
Pour finir, il faut que je vous le dise. Que ça fait du bien, de comprendre les dessous d’un métier tissé d’innombrables savoirs-faire. De voir du concret. De travailler de la matière. La mécanicienne mode est une véritable créatrice, tout autant que les stylistes et les modélistes.
Grâce leur soit rendue, nos poitrines sont merveilleusement (dé)vêtues !
- Claire -