Je suis amoureux d’elle. Je sais. J’ai passé l’âge.
Ce matin, elle porte un caleçon d’homme comme
si c’était une évidence, comme si, depuis sa naissance,
elle avait toujours porté des caleçons d’hommes.
Elle mériterait un Oscar pour sa façon de respirer.
Un jour, je l’ai vue dans un endroit improbable ôter
son pull-over, lequel s’est coincé dans ses cheveux,
afin de me faire découvrir son soutien-gorge dernier cri.
Je crois que c’est ce jour-là où j’ai réellement craqué
pour elle.
Mes parents me disent qu’il y a trop d’audace
chez cette princesse moderne, que c’est forcément
casse-gueule une fille comme ça, que je ferais bien,
à mon âge, de calmer le jeu. Bon sang. Comment
leur expliquer que lorsqu’elle porte un grand marcel
en coton, elle ressemble à une suite ininterrompue
de gestes réussis ? Ce soir, je vais aller la rejoindre.
Oui, je sors à présent. C’est à cause des planètes
et de ses sous-vêtements. Je m’ouvre au monde.
- Il y a trop d'audace chez
cette princesse moderne
Bonjour le monde, je m’appelle Nicolas Rey.
Bonjour Nicolas Rey. Ce soir, donc, elle va porter
un body avec une veste de smoking et des talons hauts.
Je vais voir ses jambes et avoir dans la tête cette phrase
de François Truffaut : « Les jambes des femmes sont
des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens,
lui donnant son équilibre en toute harmonie ».
La nuit, lorsqu’on discute autour d’une tasse de café
en fumant des cigarettes, elle évoque son enfance,
son goût pour la terre et les fleurs et, dans un silence,
le deuil de ses parents. Il faut continuer pour eux,
murmure-t-elle. On ne peut pas continuer.
On va continuer.
Enfin, à l’aube, vêtue d’un jean et d’une nuisette,
elle me propose crânement :
« Viens, allons nous baigner ». Nous sortons.
Elle se dirige vers une fontaine près de chez moi.
Elle a de l’eau glacée jusqu’aux cuisses.
Au dessus de cette femme, un ange arrose ses cheveux sauvages. Je plisse les yeux. Je souris. Je la regarde
faire en pensant combien il est difficile de ne pas tomber amoureux des gens quand ils font des choses pareilles.
Elle ressemble à quelque chose de rare à ce moment là.
Elle ressemble à la liberté.
- NICOLAS REY -